27mar. 2009
Dans la nasse du sarkozisme.
00:12 - Par Solène Poussin - Le journal de la Grève - 3 commentaires
Cernés de toute part, claquemurés dans l’angoisse, nous
avons vécu ce soir une belle métaphore de ce qu’est la France sarkozienne.
Il y a d’abord cette impression d’être pris au piège. Un ingénieux dispositif policier se referme brutalement sur quelques deux cents étudiants et enseignants qui manifestent pacifiquement place de la Sorbonne, afin de soutenir 120 collègues qui occupent le bâtiment.
Les CRS sont en surnombre et veulent visiblement montrer leur force. Ils ont déjà exécuté devant nous, sans raison apparente, les jours précédents, des démonstrations de tonfa dignes des meilleurs films de Jackie Chan. Il y a donc ce sentiment d’enfermement quand les visières claquent sur les casques, et cette claustrophobie que créent les boucliers qui se rapprochent pour former un petit cercle parfait. On comprend que le but des CRS n’est pas de nous encercler pour sécuriser un périmètre, mais de nous faire sentir une forme de claustration. Le cercle se referme, les CRS poussent les uns contre les autres des gosses de vingt ans à l’aide de leurs boucliers. Les jeunes suffoquent, apeurés. Le cercle se resserre, se resserre. On se découvre prisonnier d’une étreinte plombée. Toute velléité de contestation est étouffée. La France de Nicolas Sarkozy, c’est d’abord un pays où il fait bon étouffer.
Il y a ce sentiment d’enfermement, d’oppression, qui se termine après deux heures de claustration-spectacle par un banal contrôle d’identité. Deux-cent figurants se demandent de quel spectacle ils ont été les figurants.
Le fonctionnaire de police qui note votre identité n’a qu’un
stylo bille. Travail de Sisyphe absurde, il devra saisir une nouvelle fois tous
ces noms ce soir sur un clavier.
Ces noms seront stockés dans des fichiers. Ces
fichiers seront méticuleusement classés. Qui lira ces données ? Qui les
interprètera ? Peu importe, l’essentiel du sarkozisme est d’avoir
deux-cent noms supplémentaire sur la liste de nos peurs. L’absurdité montre son
visage : le but de la manœuvre
était d’identifier une angoisse, de nommer le mal absolu : ce dangereux
terrorisme d’ultra-gauche qui prépare le renversement de nos fragiles
démocraties etfait trembler la sécurité de l’état. La nouvelle barbarie c’est
de s’attaquer au tout nouveau statut des enseignants-chercheurs.
Identifier la mal, le circonscrire, l’enfermer dans une ceinture de boucliers, c’est contenir le peuple de ceux qu’on ne connaît pas, c’est cerner l’étrangeté de celui qui nous fait face : sans visage et sans papier. C’est la raison pour laquelle il faut lui arracher son nom comme un trophée de guerre. Ce dispositif d’enferment spectaculaire n’avait finalement qu’un but : contenir l’angoisse de celui qui l’avait mis en œuvre.
Pourtant, qui peut dire que nos angoisses sont la mesure d’un réel qui nous échappe ? Qui peut croire qu’elles sont les juges de l’infinitude du monde qui vient ? Dans la nasse chacun devient un étranger qui fuit son ombre, dans la nasse nous sommes tous des prisonniers politiques en pays démocratique. La nasse contient nos peurs pour mieux étouffer nos espoirs, elle est à sens unique.Olivier Long


3 commentaires
Ne sois pas prisonnier de tes peurs Olivier ;)
p.s. je crois que tu fais un amalgame entre des problématiques qui ne sont pas directement liées entre elles!
va voir un peu dans les autres pays comment ca se passe!tu te plaindras moins après de la France....
Quel pays doit ton prendre comme mesure selon toi ?
La Russie ? Si tu suggères que la répression n'est pas si forte que ça n'oublie pas ce qui c'est passé en france il n'y a pas si long temps.
La liberté de manifestation dans le calme n'est pas un acte répressible et il a permis des grandes avancées pour la société française, lorsque je vois M. Villepin dire que le CPE c'était une mauvaise loi sur le plateau de Dimanche + je crois que manifester peut éviter à nos dirigeants de faire des âneries tout ça pour des ambitions politiques et rien d'autre.
Sans la liberté d'expression et de manifester ton désaccord tu n'aurais même pas le droit d'écrire ton commentaire.